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LE POINT

Le financement des PME

04-02Alors que la situation en matière de financement bancaire pour les PME plus importantes s’est clairement améliorée si on compare avec la situation qui précédait la crise financière, les micro-entreprises ont toujours des difficultés à trouver un financement adapté et abordable. Après avoir énuméré les points essentiels, nous formulerons plusieurs recommandations pouvant éventuellement mener à une solution. (E.L.)

Pour assurer la survie et une plus grande croissance des PME, il est nécessaire de leur donner un accès aisé au financement. Les PME ne disposent pas toujours de suffisamment de financement interne pour payer leur exploitation et leurs investissements, ce qui les oblige à obtenir un financement externe, soit par le biais d’un apport de capital, soit par le biais d’un octroi de crédit. Étant donné qu’en Belgique, le marché du capital à risque est moins développé que celui de l’octroi de crédit, énormément de PME rechercheront des sources extérieures de financement, et auront alors recours au financement bancaire.

Financement des PME : situation actuelle

Fin 2011, le Centre de Connaissances du Financement des PME (CeFIP) a réalisé, en collaboration avec le Prof. Eddy Laveren (Université d’Anvers et Antwerp Management School) une procédure d’interrogation écrite auprès de 870 PME belges. Le rapport complet se trouve sur le site web www.kefik.be. Dans cette enquête, on distingue les micro-entreprises (Micro) des autres petites et moyennes entreprises (PME). Une entreprise est qualifiée de micro-entreprise si le nombre de ses employés est inférieur à 10 et si son chiffre d’affaires est inférieur à 2 millions d’euros. Une entreprise est considérée comme une PME si l’un de ces deux critères ou les deux n’ont pas été respectés, si le nombre d’employés est inférieur à 250 et si le chiffre d’affaires ne dépasse pas 50 millions d’euros.

Résumé de l’enquête du CeFIP sur le financement des PME en 2011

Possibilités de financement: Les micro-entreprises font plus souvent appel aux crédits de caisse que les PME et ont utilisé moins de straight loans. Les micro-entreprises ont plus souvent recours à un apport de capital provenant de leurs associés que les PME, ou demandent une avance à leurs associés, à des amis ou des membres de leur famille. Parmi toutes les entreprises interrogées, 20,4% n’ont ouvert aucun crédit auprès d’une banque. La majorité des entreprises ont un crédit en cours auprès d’une seule banque. Les 40,7% restants ont ouvert un crédit dans 2 banques ou plus.

Demande de crédit bancaire: Durant les 12 mois précédant l’enquête, 47,9% des entreprises ont demandé un crédit bancaire pour financer des investissements, alors que 18% des répondants ont demandé un crédit bancaire pour financer leur exploitation.

Refus de crédit bancaire: 12,9% de tous les répondants ayant demandé un crédit se le sont vus refuser. Globalement parlant, le niveau de refus a diminué depuis 2009 (14,8% en 2010, 17,3% en 2009). C’est également le cas pour les PME (10,7% en 2011 comparé à 13,9% en 2010) mais pas pour les micro-entreprises (21,1% en 2011 comparé à 19,6% en 2010).

Raisons de refuser un crédit: Les principales raisons de refuser un crédit sont le durcissement des conditions d’octroi de crédits résultant des accords de Bâle II et Bâle III (32,8%), des garanties insuffisantes (31%), une capacité de remboursement insuffisante (31%) et un apport/des fonds propres trop faibles (25,9%).

Problèmes pour obtenir un financement bancaire: 8% de toutes les entreprises interrogées et 12,8% des entreprises ayant demandé un crédit bancaire avouent avoir rencontré beaucoup voire énormément de problèmes pour obtenir un financement. Les entreprises ont affirmé avoir eu des problèmes concernant les points suivants: la demande du banquier de fournir des garanties professionnelles (32%), le fait que le banquier exige des garanties personnelles (25,1%), la banque qui exigeait davantage d’informations (44,2%), le fait que la personne de contact auprès de la banque ne soit pas toujours la même (30,3%), des problèmes relatifs à l’important laps de temps avant que la banque prenne une décision (35,5%), des problèmes liés au coût élevé du crédit (36%).

Qualité du service fourni par la banque: Environ 68% des répondants attribuent à la qualité du service un score d’au moins 7 sur 10. Seuls 11,3% des répondants le trouvent insuffisant. Pour deux tiers des entreprises, la qualité est restée la même. Seulement 7% de toutes les entreprises connaissent le service d’intermédiation de crédit du CeFIP.

Évaluation: La majorité des répondants (55,5%) avouent ne pas savoir s’ils ont une évaluation auprès des banques. Parmi les entreprises qui reconnaissent en avoir une, 77% ne connaissent pas son contenu. Bien que presque 49% de ces entreprises affirment connaître les critères qui entrent en considération lors d’une évaluation, 73,9% des répondants disent souhaiter davantage d’informations de la part de la banque en ce qui concerne leur évaluation.

Mesures publiques: Dans les trois régions du pays, une entreprise peut avoir recours à plusieurs mesures publiques afin de faciliter son financement ou de diminuer son coût. Voici les chiffres relatifs à la connaissance des mesures publiques en Région Flamande: la déduction d’intérêt notionnel (71,2%), les subsides (50,8%), le portefeuille PME (48,7%), les autres mesures fiscales publiques (46,3%) et la réserve d’investissement (38,6%). Pour la Région Wallonne, on obtient les chiffres suivants: la déduction d’intérêt notionnel (41,4%), les subsides (38,1%) et les autres mesures fiscales publiques (22,4%).

Financement de la société : 52,4% des entreprises avouent financer plus de 75% de leurs besoins en financement par leurs propres moyens. 26,2% des sociétés prévoient d’augmenter leurs fonds propres au cours des 12 prochains mois : par le biais d’une retenue plus importante des bénéfices (73,3%), d’une augmentation du capital des actionnaires existants (10,5%) et d’une augmentation de capital réalisée par de nouveaux actionnaires (4,3%).04-01Prof.dr. Eddy Laveren © bob van mol

Causes de la problématique du financement

Plusieurs causes sont à l’origine de la problématique du financement des PME. Il ressort des remarques des PME et des banques que le manque de communication et d’échange d’informations entre l’entreprise et la banque constitue une importante cause des problèmes qui se posent lors d’un financement bancaire. Ces deux éléments sont liés à l’asymétrie d’information existant entre la PME et la banque et qu’on considère comme la principale cause du nombre peu élevé de crédits octroyés. Le phénomène de l’asymétrie d’information se pose évidemment quel que soit le type d’entreprise qui demande un crédit. Cependant, cette asymétrie est plus marquée pour les crédits demandés par les petites et moyennes entreprises que pour ceux des grandes entreprises.

L’asymétrie d’information entre les financiers et les PME existera toujours. Néanmoins, les deux parties peuvent dans une certaine mesure réduire ou contourner le problème en appliquant un ou plusieurs des mécanismes suivants : rester en relation avec la banque, réduire la durée des dettes, prévoir des clauses limitatives dans le contrat de crédit et fournir des garanties et des certitudes au moment du prêt.

Les banques attirent également l’attention sur la hausse des coûts pour justifier les nouvelles règles à satisfaire concernant la position des fonds propres, les risques plus élevés dus à une mauvaise situation économique ainsi que les perspectives négatives dans de nombreux secteurs, la baisse des marges bénéficiaires dans de nombreuses entreprises et la moins bonne qualité des garanties.

Points essentiels lors du financement des PME

Lorsque la demande en crédits est plus importante que l’offre, les PME connaissent un problème dans leur recherche de financement par l’emprunt. Cette situation dans laquelle les crédits sont rares est plausible. Il est irréaliste de penser que toutes les PME méritent d’obtenir un crédit. Davantage de problèmes se cachent encore derrière ce déséquilibre entre l’offre et la demande en crédits. Les PME peuvent avoir moins besoin de financement extérieur, ce qui fait qu’elles investiront moins. Cependant, il peut arriver qu’elles souhaitent un crédit mais soient découragées d’avance par les conditions posées par la banque pour le leur accorder. Alors, ces entreprises ne vont même plus demander de crédit.

Tout cela nous amène aux points essentiels du parcours des entreprises qui souhaitent obtenir un crédit. De nombreuses PME sont confrontées à une baisse de cash-flow opérationnel consécutive à la crise, ce qui rend la capacité de remboursement des nouveaux crédits difficile à garantir. L’apport limité de capital à risque lors du lancement de la société ainsi que le manque de rentabilité font que de nombreuses PME sont confrontées à une quantité trop faible de fonds propres. Ce manque de fonds propres fait que le tampon destiné à compenser les pertes futures est insuffisant, et qu’il ne fait plus office de garantie permettant d’obtenir de nouveaux crédits.

Un autre point essentiel pour les PME concerne les garanties demandées par la banque pour pouvoir obtenir un crédit. Les garanties personnelles sont des garanties fournies par le propriétaire de l’entreprise et qui ne font pas partie de l’entité légale de cette dernière. Les garanties professionnelles concernent les actifs de l’entreprise. Les petites entreprises débutantes ont souvent du mal à fournir les garanties professionnelles demandées. Elles doivent donc souvent se résoudre à offrir une garantie personnelle. De plus, il faut souligner le fait que certaines PME sont en mesure de fournir les garanties demandées mais ne veulent pas le faire parce qu’elles trouvent les exigences de la banque trop élevées.

De leur côté, les PME sont également confrontées à un manque d’informations. Lorsqu’elles demandent un crédit, elles trouvent souvent les exigences de la banque peu claires et trop strictes. Les PME sont bien conscientes que la banque a besoin d’informations, mais elles trouvent que celle-ci n’est pas assez claire au sujet du type d’informations qu’elle souhaite. Elles ne savent pas sur quels critères la banque se base pour accorder des crédits. De nombreuses PME ont l’impression que les critères pour l’octroi d’un crédit sont devenus plus stricts. Un problème qui en résulte est le manque de transparence des critères d’octroi. Les PME ont souvent du mal à comprendre les critères sur lesquels se basent les banques pour accorder un crédit. Ce sont surtout les évaluations que les entreprises considèrent comme menaçantes. Il est donc important que les banques et les PME communiquent correctement les unes avec les autres. Ce n’est qu’ainsi que les PME auront une meilleure vision des conditions permettant d’obtenir un crédit.

Le coût élevé des crédits aussi est souvent considéré comme un problème lors du financement. Ce sont les modèles d’évaluation mis au point par la banque qui déterminent le coût et le taux d’intérêt du crédit.

Le point suivant concerne la lenteur du processus de décision. Tout d’abord, un processus de décision lent peut entraîner le report de projets nécessitant un financement. De plus, dans un environnement concurrentiel, des réactions rapides peuvent parfois être nécessaires pour que l’entreprise puisse survivre. Si la PME n’obtient pas les moyens financiers à temps, elle risque de ne plus pouvoir faire face à la concurrence sur le marché.

Ensuite, certaines PME connaissent des problèmes liés à la qualité de leur business plan. Si l’entrepreneur ne réussit pas à réaliser un business plan convaincant comprenant des prévisions réalistes au sujet du chiffre d’affaires et des bénéfices, la PME n’obtiendra pas de crédit.

Si on les compare avec les grandes entreprises, les PME ont moins la possibilité de recourir à certaines alternatives de financement. Le financement par le marché par le biais de l’émission publique de capital-actions ou de l’émission publique d’obligations d’entreprise est plutôt réservé aux grandes entreprises.

Enfin, ce secteur peut être caractérisé par ses problèmes de financement. Tout d’abord, il existe des secteurs caractérisés par des besoins spécifiques en matière de financement et par des exigences légales bien déterminées. De plus, certains secteurs ont été davantage touchés par la crise économique que d’autres, ce qui amplifiera encore davantage le problème du financement dans ces secteurs déterminés.

04-03© Schutterstock

Recommandations destinées aux entrepreneurs, aux banques et aux pouvoirs publics

Dans le rapport du CeFIP concernant le financement des PME (voir plus haut), on formule plusieurs recommandations pouvant encourager la résolution des principaux points abordés précédemment.

Recommandations aux entrepreneurs

Au lieu de rechercher davantage de financement externe, l’entrepreneur peut d’abord essayer de réduire son besoin en financement en utilisant ce qu’on appelle les techniques financières de bootstrapping. Voici quelques exemples de ces techniques : la limitation du crédit clients, le report des payements aux créanciers et aux fournisseurs, l’achat de biens en leasing, la collaboration avec une société de factoring, la réduction des investissements en achetant des équipements de seconde main ou en utilisant des contrats de travail moins coûteux, le groupement des achats et l’apport de moyens financiers par les propriétaires, leur familles ou leurs amis.

Il ressort de cette enquête que les micro-entreprises ont généralement recours à de coûteux crédits de caisse. Il est souhaitable et nécessaire pour de nombreux chefs d’entreprise de mieux connaître les possibilités de financement et leurs conditions. Lorsqu’il connaît bien ses différentes alternatives financières, un entrepreneur peut réaliser une étude comparative et choisir l’option financière la mieux adaptée à son entreprise.

Les entreprises doivent accepter l’obligation de mettre des informations confidentielles à la disposition de la banque pour que celle-ci puisse mieux évaluer le risque lié au crédit. Cette attitude positive en ce qui concerne la transparence permettra également à la banque de mieux anticiper les besoins de l’entreprise.

De nombreux entrepreneurs considèrent les prêts subordonnés (par ex. par le Fonds de participation, Sowalfin et GIMB/SRIB) comme un instrument utile permettant de financer les PME, mais ils pourraient cependant en faire un usage plus efficace. Les entrepreneurs peuvent également rechercher de façon proactive les mesures publiques pour lesquelles ils entrent en considération au lieu d’attendre passivement que ces informations arrivent jusqu’à eux. Dans ce domaine, le Vade-mecum du CeFIP concernant le financement des PME constitue une référence pouvant être consultée par chaque chef de projet (voir www.kefik.be).

Les comptables sont les principaux interlocuteurs et conseillers de nombreuses petites entreprises. Il est donc important que ceux-ci aient une bonne connaissance du marché du crédit et des mesures publiques. Ils doivent donc mettre constamment à jour ces connaissances et les compléter par une dynamique continue de formation (par le biais de formations et de séminaires).

Recommandations aux banques

Proportionnellement, si on les compare aux PME, un nombre bien plus important de micro-entreprises connaissent davantage de problèmes pour obtenir un financement bancaire. C’est pourquoi les banques devraient aussi veiller davantage à faciliter l’octroi de crédits aux micro-entreprises, éventuellement avec l’aide des pouvoirs publics (Fonds de participation, fonds de garantie,…).

Les banques devraient pouvoir contribuer à la diffusion d’informations et de statistiques plus transparentes en ce qui concerne les demandes et les refus de crédits, l’évolution des conditions permettant d’obtenir un crédit et d’autres informations utiles relatives au financement des entreprises. Dans un futur proche, une importante source d’information intitulée « Facts & Figures » viendra compléter le site web du CeFIP. Le récent lancement du site web “www.financieringvanondernemingen.be” auquel les banques peuvent apporter leur contribution constitue un pas dans la bonne direction.

Des informations de meilleure qualité et plus fréquentes au sujet des évaluations permettraient aux entrepreneurs d’améliorer leur évaluation de façon proactive. De plus, les banques devraient communiquer ces évaluations aux entrepreneurs qui le souhaitent ou dont la demande de crédit a été refusée.

Les banques demandent davantage de garanties avant d’accorder un crédit. Elles ne devraient donc pas pouvoir avoir aussi souvent recours aux garanties personnelles, qui pèsent lourd sur les fonds personnels des entrepreneurs. De plus, les entrepreneurs doivent être dégagés de ces garanties lorsque les crédits existants ont été remboursés.

Pour les petites PME et les micro-entreprises, le financement à court terme se fait presque entièrement par le biais du crédit de caisse, dont le coût est anormalement élevé en Belgique. Les banques doivent adapter leurs produits à court terme aux besoins et à la réalité des plus petites entreprise et/ou diminuer fortement le coût du crédit de caisse.

Recommandations aux pouvoirs publics

De nombreuses mesures publiques intéressantes ainsi que des possibilités de financement sont à la disposition des micro-entreprises et des PME. Les pouvoirs publics doivent veiller à ce que les entrepreneurs et les acteurs intermédiaires soient mieux informés du fonctionnement de ces mesures. Cela peut se faire grâce à une diffusion de l’information et à une communication correctes. Une stratégie permettant de faire connaître davantage d’entreprises par le biais du site web de l’agence Entreprendre (www.agentschapondernemen.be) est souhaitable. Afin d’inciter les entreprises à avoir davantage recours aux mesures publiques, il est souhaitable de simplifier ces mesures et leurs conditions d’application.

Un quart des entreprises avouent ne pas constater d’amélioration en raison de la crise, ou commencent maintenant à en ressentir les effets. Les pouvoirs publics doivent fournir davantage d’efforts pour adoucir les effets de la crise sur le financement des entreprises. Les pouvoirs publics devraient mieux faire connaître les solutions prévues par l’Europe pour améliorer l’accès des PME au financement.

 
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